Wes Anderson

Le cinéma Américain a très rapidement pris le dessus sur le cinéma Européen. Dès la première guerre mondiale, les États-Unis se dotent d’un industrie cinématographique performante et productive qui fait émerger Hollywood et le star-system dans les années 20. L’Europe, elle, se relève économiquement et artistiquement comme elle peut de ces 4 années de guerre, sauf le cinéma Allemand qui reste banquable et remarquable. Vint ensuite l’âge d’or d’Hollywood des années 30 à 60 durant lequel les majors s’en mettent plein les poches et produisent à la chaine. Malgré les difficultés des majors (et leur retour/restructuration), le cinéma Américain reste un cinéma performant, peut être même plus qu’auparavant car il se diversifie, même s’il commence à miser de plus en plus sur les blockbusters qui font leur apparition (Les Dent de la mer par exemple). Et c’est encore de l’autre côté de l’Amérique qu’il faut chercher l’un des meilleurs réalisateurs contemporains, Wes Anderson.

Talent pur.

Avec ses études en philosophie, même si cela ne l’a pas empêché de prendre quelques cours de cinéma à côté, Wes ne paraissait pas armé pour devenir le génie cinématographique qu’il est devenu. Il tourne cependant en Super 8, comme tout bon amateur de cinéma, et fait ses premières armes avec ses amis les frères Wilson, dont le plus connu est certainement Owen que vous avez pu voir dans Minuit à Paris de Woody Allen ou aux côtés de Ben Stiller dans les films La Nuit au Musée dans lesquels il incarne le cow-boy (assume on sait que t’as vu ce nanar). C’est ainsi que né Bottle Rocket, son premier court-métrage qu’il réalise en noir et blanc. Même si ce n’est toujours pas du Wes Anderson brut, on reconnait quelques traits de la patte du futur maitre. Le côté décalé, presque naïf et simplet de son univers, les liens fraternels … Côté technique, le soucis du détail et certains plans de face qui lui sont propres sont reconnaissables, même s’il y a plus de raccords que dans ces prochaines créations.

 

7 films plus tard …

Deux ans plus tard, en 1996, Wes Anderson sort son premier long métrage directement inspiré de son court métrage dont il gardera le nom, Bottle Rocket. Il garde aussi les mêmes acteurs, Luke et Owen Wilson. Le film n’est pas une franche réussite commerciale, même si c’est indéniablement un bon film. Il est cependant loin d’égaler à mes yeux son film suivant, Rushmore. Rushmore c’est le premier film dans lequel Wes impose son style. Un personnage décalé, un jeune lycéen touchant à tout et tombant follement amoureux d’une institutrice joué par Jason Schwartzman, un jeu de couleurs impressionnant, une narration très fantaisiste, un amour pour le théâtre et la théâtralité, la présence de Bill Murray … Ce style si particulier, Wes Anderson le développe au fur et à mesure de ses films suivant. S’en suit La Famille Tenenbaum, spectacle d’une famille déchirée dont le fautif, l’irrésistible Gene Hackamn, tente de faire oublier ses « maladresses », la vie aquatique, dont le personnage principal joué par Bill Murray est inspiré du Capitaine Cousteau,  Puis, A bord du Darjeeling Express, durant lequel une fratrie parcourt l’Inde à la recherche de leur mère (Anjelica Huston qui fait souvent figure de femme ou de mère dans le films de Wes), Fantastic Mr Fox, film d’animation en volume inspiré d’une histoire de Roald Dahl, c’est à dire image par image (on vous laisse imaginer le travail), Moonrise Kingdom nous plonge en enfance avec un amour enfantin et candide sur une île dont le policier n’est autre que Bruce Willis et enfin The Grand Budapest Hotel, qui lui apporta définitivement consécration et renommé populaire.Son prochain film sera à nouveau un film d’animation en stop motion (pour 2017 ?). Auteur, il a signé chacun de ses scénarios (en collaborant avec Roman Coppola ou Owen Wilson) et les a aussi produits. Il t’en bouche un coin le Wes hein ?

Un petit extrait de La Famille Tenenbaum.

 

Qu’est-ce-que le l’esthétique/style Andersonien ?

Penchons nous un peu plus sur les aspects techniques qui font que l’on peut reconnaitre un film de Wes en quelques secondes. Il y a de nombreux, très nombreux éléments qui reviennent constamment chez Anderson. Le goût pour les costumes/uniformes tout d’abord, d’écolier dans Rushmore, de scoot et de policier dans Moonrise Kingdom, de groom dans The Grand Budapt Hotel … C’est presque maladif chez Anderson, il faut tout ranger, il faut que tout soit droit, cadré, que la dominance de couleurs soit respectée. C’est un véritable maniaque de l’esthétique. Les costumes correspondent donc très bien à Wes. Ils donnent le fameux côté décalé qu’à son univers à la manière d’un Roald Dahl et en même temps c’est esthétiquement propre, limpide. Il cherche aussi à nous montrer que ses personnages ont un rôle, dans lequel finalement ils sont plus ou moins enfermés, duquel il se détache plus ou moins, voire totalement (Max Fischer n’est plus lui même quand il n’est plus l’écolier de Rushmore par exemple). Mais malgré tout les personnages de Wes ne sont jamais réduits à un rôle, une facette. Ils sont plus complexes, spéciaux, étranges, uniques tel Royal Tenenbaum qu’on ne peut qu’adorer. Les personnages du réalisateur américain sont imparfaits, soumis à leur nature profonde et c’est cela même qui les rend attachants. Ils tentent de se détacher ou de faire avec leur nature profonde. Royal est un sauvage égoïste mais il veut se réconcilier avec ses enfants. Même quand ils sont des loosers, ce sont des loosers attachants (comme Ben Stiller ou encore Zissou, alter ego du commandant Cousteau)  La Famille Tenenbaum et la figure du père, Royal (que j’adore comme vous l’aurez compris), est l’exemple le plus frappant du thème presque principal de l’œuvre d’Anderson, la famille. Tout comme Le Daajreling Illimited qui est un voyage de trois frères, dont les liens avaient été rompus et qui ont beaucoup de problèmes à régler, à la recherche de leur mère en Inde. Celle-ci n’est jamais le portrait d’une stabilité filiale et fraternelle. La famille n’est pas forcément non plus détruite (comme dans Bottle Rocket ou dans Rushmore), mais elle est toujours sources de problèmes à un moment ou à un autre, elle n’est jamais un lieu de simplicité. La famille est l’objet des conflits intérieurs et existentiels des personnages dont il cherche à recoller les morceaux pour parfois se réunir. The Grand Budapest Hotel est assez unique à ce niveau là, puisqu’il ne fait pas la part belle à ce thème, pourtant si omniprésent normalement. L’amour y est aussi très présent, mais d’une manière très particulière. Il est a la fois candide, simple, un amour beau et profond mais à la fois semé d’obstacles et parfois bizarre. Ainsi, dans la Vie aquatique père et fils aiment la même femme, dans La Famille Tenenbaum Richie aime Margaux, sa sœur adoptive. Ces deux thématiques, l’amour et la famille, pourtant filmées de manière légère sont pourtant confrontées à des embuches qui ne le sont pas.

Au niveau plus technique, Wes a ses petites manies qui connotent son style et développent une atmosphère légère. Son goût de l’esthétique maitrisée, maniaque, idéaliste repose sur différents procédés. L’utilisation de plan d’une symétrie parfaite centrée sur le visage de ses personnages par exemple et les regards caméra qui nous plongent dans l’intimité de certaines scènes de dialogue sont caractéristiques de l’esthétique Andersonienne. Davantage technique, le réalisateur américain utilise habillement des plans longs qui suivent les personnages dans un même bâtiment/lieux. Il apprécie tout particulièrement ces plans longs car lui permettent d’économiser de nombreux raccords, parfois trop nombreux de nos jours. Comme dans d’autres formes d’art, le cinéma est traversé par différents courants. Certains préfèrent laisser une place d’imprévu dans le cinéma, d’improvisation comme Cassavetes dans Shadows, dD’autres comme Wes préfère ne rien laisser au hasard et avoir la maitrise de chaque détail. Il n’y a qu’à s’attarder sur l’usage d’une palette de couleurs bien spécifique pour chaque film ainsi. Les décors sont caractéristiques de cette maitrise, ils sont minimalistes, soignés, rigoureusement choisis et souvent vintages. Ce goût du rétro, de la pop culture se retrouve aussi dans le choix des morceaux, comme chez Tarantino d’ailleurs. Se succèdent ainsi Bowie, les Rolling Stones, Françoise Hardy, Yves Montand (oui, oui) ou encore les Beach Boys.

Enfin, c’est aussi un réalisateur poétique. Tout d’abord par la légèreté de nombreux de ses personnages (surtout dans Moonrise Kingdom), les lettres écrites à la main par Wes lui-même (donnant là encore lieu à de superbes plans, rien qu’avec une lettre). Les longs travelling sans interruptions créent cette atmosphère légère que des raccords à répétitions ne pourraient créer. L’utilisation de voix-off ou d’un véritable conteur (dans Moonrise Kingdom encore une fois) et les sentiments purs qu’ont certains personnages envers d’autres accentuent cette poésie qui se détache de chacun de ses films. Mais c’est avant tout l’appropriation de l’espace, puisque décor et couleurs donnent trait à l’aspect poétique sans qu’il ne soit presque obligé de rajouter des dialogues, qui créent ce lyrisme. Les ralentis, ponctuels et magnifiés (le plus beau étant sûrement celui de la course après le train du Darjeliing express) forment alors l’apothéose de ce style Andersonien, si poétique, en soulignant expressions, gestes et mouvements avec une précision sublime.

Vous pouvez d’ailleurs jouer au bingo spécial Wes Anderson maintenant que vous en connaissez tout les rouages:

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Et pour finir voici deux exemples de réappropriation de l’esthétique Andersonienne, un Porno par Wes Anderson et

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