Bridge of Boredom

Il était une fois la Guerre froide. Deux super-puissances s’affrontaient et tout ou presque était permis (un peu comme dans Star Wars, les sabres lasers en moins). Un jour un espion fut pris et, se souvenant d’une époque lointaine où l’honneur constituait encore un code de conduite, a refusé de parlé et de passer à l’ennemi. D’où procès dudit espion.

C’est cette histoire vraie que nous raconte Spielberg dans son nouveau film, Bridge of Spies. Inutile de vous faire languir plus longtemps, ce fut une grande déception. Spielberg nous a habitués à bien mieux. Le film, de deux heures et demi (!), manque de rythme. La réalisation est décente, sans plus. On note l’effort porté à la palette de couleurs : l’avocat travaille dans les tons verts et gris, comme pour mieux souligner la pesanteur de l’époque, mais chez lui, dans son foyer, les couleurs sont chaudes et lumineuses. Opposition presqu’ éculée tant elle a été utilisée. Les dialogues des frères Coen et la performance d’un Tom Hanks égal à lui-même ne suffisent pas à sauver le spectateur de l’ennui qui le saisit passé les 30 premières minutes (50 pour les plus résistants d’entre vous!).

On aurait pu espérer que la médiocrité cinématographique serait compensée par la profondeur de la réflexion sur l’importance du respect des règles constitutionnelles d’un Etat de droit. Inutile de retenir son souffle : Spielberg ne fait qu’effleurer la question. Cette lacune est d’autant plus regrettable que la question se pose encore aujourd’hui. Il ne s’agit pas ici de tomber dans les lieux communs et les raccourcis faciles mais, d’un certain pont de vue, la Guerre froide peut être comparée avec le combat que les gouvernements occidentaux ont aujourd’hui entrepris contre le terrorisme islamiste. Comment traiter les espions / les terroristes ? Peut-on abdiquer certains de nos principes fondamentaux au nom de la sécurité de l’Etat ? Tant de questions traitées avec légèreté …

Spielberg a choisit de se concentrer sur la partie espionnage de l’histoire – choix tout à fait valide à ceci près que son traitement du genre laisse à désirer. Non que tous les films d’espionnage doivent s’apparenter à des films d’actions tels que les Jason Bourne et consort. Mais disons qu’un peu de rythme aurait été le bienvenu … Comme par exemple dans Tinker Tailor Solier Spy de Thomas Alfredson – tiré du roman de John Le Carré. Un film d’espionnage sur la Guerre froide qui s’annonce comme tel et s’assume comme tel : une histoire bien ficelée, une réalisation performante qui maintient le spectateur en haleine, des acteurs bien dirigés … Bref, un bon film qui remplit son office sans prétention.

Quant à Bridge of Spies … Un seul point positif peut être porté à son crédit : Spielberg fait l’effort de nous donner à voir le point de vue de l’espion pris. Alors que la population américaine dans son ensemble le considère comme un traître, nous spectateurs comprenons qu’il n’est est rien : cet homme n’est pas américain et n’a rien trahit du tout. Au contraire il sert fidèlement son pays, l’URSS. A cet égard, la performance de celui qui incarne le Colonel Abel, Mark Rylance, est franchement bonne.

Que vous dire de plus … Si vous chercher un film à regarder d’un oeil distrait tout en repassant votre pile de linge, pourquoi pas. Sinon, passez votre chemin.

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