The Grand Budapest Hotel

Dans un pays que l’on pourrait imaginer être la Tchécoslovaquie, dans une ville au nom imprononçable, au sommet d’une montagne inconnue, était au début de ce siècle un hôtel aussi luxueux qu’extravagant : le Grand Budapest Hotel. Plus encore que l’hôtel c’était Monsieur Gustave H. que les clients — et particulièrement les riches clientes blondes et plus toutes jeunes — venaient voir.

Il faut bien admettre que Ralph Fiennes, concierge dandy et vain mais néanmoins attachant, est ici au sommet de sa forme. Il forme avec Toni Revolori, qui joue le jeune lobby boy Zero Moustafa, un duo aussi détonnant qu’improbable. Le mentor est bavard comme une pie, le protégé si réservé qu’il confine par moment au mutisme. Ils nous baladent d’une émotion à l’autre avec la complicité d’Adrien Brody, Tilda Swinton, Edward Norton, Jeff Goldblum, … un casting de rêve dirigé d’une main de maître par le génial Wes Anderson qui s’inspire pour son nouveau film de l’univers de Stefan Zweig.

Lorsque la richissime Mme. D. est retrouvée assassinée, les soupçon se portent sur M. Gustave, héritier de l’inestimable tableau Le garçon à la pomme. S’ensuivent une série de situations les plus cocasses les unes que les autres. Sous cette apparente légèreté Wes Anderson aborde sans avoir l’air d’y toucher des sujets infiniment plus graves : la nostalgie du temps qui passe, la fin d’une époque, la perte des êtres chers, la décence humaine face au barbarisme d’un système totalitaire.

Saluons aussi au passage le monteur, qui au vu de la construction pour le moins alambiquée du film n’a pas du rigoler tous les jours. Construction alambiquée tout d’abord sur le plan narratif puisque, telle une poupée russe, le récit passe de bouche en bouche, de nouveau narrateur à nouveau narrateur. Le spectateur n’est pas perdu pour autant et cela tient très certainement à un excellent texte. L’occasion est suffisamment rare que pour être soulignée — et applaudie. A mille lieux de la grande majorité des films contemporains qui, sous prétexte de coller aux réalités populaires, massacré allègrement l’anglais (ou le français, nous ne sommes malheureusement pas en reste), The Grand Budapest Hotel nous offre, pour le plus grand bonheur de nos oreilles, le plaisir d’un script délicatement écrit. Les acteurs semblent d’ailleurs se délecter de ces jeux de mots et autres entregents sémantiques.

Construction alambiquée ensuite sur le plan cinématographique. Le format d’image diffère pour chaque époque passant du CinémaScope au 4/3 et de la couleur au noir et blanc. Mais les transitions s’opèrent naturellement, sans choquer l’oeil du spectateur. Ce dernier n’est d’ailleurs pas plus choqué par les décors parfois loufoques, tenants plus à des maquettes pour maisons de poupées en papiers mâché qu’à de «vrais» décors.

De cette confusion et de ce chaos émerge une miraculeuse cohésion, un film doux-amère qui tient le spectateur en haleine et, une fois les lumières rallumées, le rend au monde extérieur avec les restes d’un triste sourire flottant sur son visage.

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