Seul(s) en mer

Poisse (n.f.) (populaire) : déveine, malchance, guigne. Cette définition du Petit Larousse résume assez bien ce qui arrive au personnage de Robert Redford dans All is lost. Les catastrophes s’enchainent, et le spectateur angoissé assiste impuissant au naufrage et à la dérive d’un homme qui lutte pour sa survie.

En plein milieux de l’océan Indien, le voilier de Redford heurte un conteneur à la dérive. Sérieux certes, mais pas dramatique. Notre navigateur s’attelle aux réparations, écope et fait sécher ses affaires, lance un appel radio qui reste sans réponse. Il achève le rafistolage de la coque : le voilier  à nouveau étanche reprend sa course. Et il fonce droit dans une tempête. A partir de ce moment là, tout est perdu : le voilier fait la cloche — deux fois ; le mat rompt ; la réparation lâche ; le navigateur est balancé par dessus bord. Bref, il est temps de sortir le radeau de sauvetage. Redford s’y installe, et tout va bien jusqu’à ce qu’il découvre que son bidon d’eau n’était pas parfaitement étanche et qu’il se retrouve donc avec de l’eau salée. Mais enfin, cela n’est rien comparé à la tempête qui s’annonce — et oui, encore une. Notre homme va ainsi dériver pendant huit longs jours.

Malgré un jeu assez inexpressif durant les 10-15 première minutes, Robert Redford réalise une performance impressionnante. Il porte littéralement le film sur ses épaules et le spectateur s’attache à cet homme dont il ne sait rien — et ne saura rien. En effet le script est très léger, le réalisateur ayant habilement évité le cliché de l’homme qui se parle à lui-même. Ne croyez pas pour autant que le scénario soit vide : cet homme patient mais parfois à bout de nerfs lutte contre les éléments déchaînés et le sort qui s’acharne sur lui.

Le film comporte quelques (grosse) incohérences. La plus notable est sans doute que, tombé à la mer, au plus fort de la tempête, sans être attaché à son voilier, notre homme parvient tout de même à y remonter. Soit. C’est bien parce que c’est Redford !

D’autre part, J.C. Chandor à su passer à côté d’un gros écueil : il n’y a pas ici de musique inutile qui ne servirait qu’à combler l’absence de dialogue. La bande sonore est essentiellement constituée du bruit de la mer et du vent. Le spectateur n’en ressent que plus l’impuissance du navigateur solitaire.

Captain Phillips traite aussi de la solitude en mer, mais dans un tout autre registre. Le film raconte l’histoire vraie d’un cargo américain pris d’assaut par des pirates somaliens. D’accord l’histoire est dramatique, d’accord l’équipage s’est comporté héroïquement, d’accord les acteurs sont bons. Mais à subir ce film outrageusement pétri des valeurs les plus américaines que soient, nos poils se hérissent et l’on finirais presque par trouver les pirates sympathiques — et nous exagérons à peine !

Le film est d’autant plus décevant qu’on ne peut s’empêcher de le comparer au fabuleux Hijacking. L’histoire est grosso modo la même, à ceci près que le bateau est danois — tout comme le film. Réaliste, sincère, émouvant, Hijacking parvient à maintenir le suspens sans jamais trop en faire. Si vous l’avez raté lors de sa sortie cet été, nous ne pouvons que trop vous conseiller de courir vous procurer le DVD.

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