Philip Seymour Hoffman est mort

Rarement la nouvelle du décès d’une star m’aura autant atteint. Même Mickael Jackson je l’ai mieux vécu. Mais voilà hier, en surfant sur l’internet, je n’ai pas pu y échapper ; Philip Seymour Hoffman, acteur de génie, n’est plus. Petit pincement au cœur. Parce que loin d’être un fan absolu, j’ai quand même vu deux-trois films avec lui qui valent l’admiration que je lui porte.

Pour moi, Philip Seymour Hoffman, c’est d’abord Le Comte. « The Count », en version originale dans Good Morning England, fabuleux film qui m’a fait regretter pendant longtemps de ne pas avoir eu 20 ans dans les années 1960. En fait, c’est Hoffman qui porte à lui seul la force du propos. C’est son personnage qui décide de balancer the « f » word (ça veut dire fuck) en direct à la radio, sachant que c’est ce qu’attend le gouvernement pour les interdire d’émettre. Mais Le Comte s’en fout parce que lui, il veut être libre. C’est aussi lui qui, quand le bateau coule, préfère rester à bord en passant des disques pour que les auditeurs profitent du rock’n roll jusqu’à son dernier souffle plutôt que de se sauver avec le reste de l’équipage. La musique qu’il choisit pour ce moment, c’est les Beach Boys. « Wouldn’t it be nice if we were older », qu’ils disent dans la chanson. Et ben ouais, ça aurait été vachement bien si tu avais vécu un peu plus vieux, Philip. Parce que 46 ans, c’est trop tôt pour partir. Déjà ton visage pouvait jouer beaucoup de types différents comme Truman Capote, un psy parrain de la scientologie (The Master) ou même le leader de la révolution dans Hunger Games. Et à ton âge, tu avais encore beaucoup de temps devant toi et un bon acteur, c’est comme un bon vin, ça se bonifie avec le temps. Mais avec le temps aussi, tout s’en va. On oublie qu’on a arrêté l’héroïne il y a plus de vingt ans et que reprendre n’est pas une bonne idée, qu’on est moins résistant à quarante ans qu’à vingt. On oublie que la drogue dure s’appelle aussi comme ça parce qu’elle tue. Et lorsqu’on retrouve ton corps, il y a à côté une seringue et une enveloppe vide avec des traces de poudre.

En 2013, Philip Seymour Hoffman avait été admis en clinique pour avoir rechuté après 23 ans de sevrage. Héroïnomane jusqu’à 22 ans, ses premiers succès sur scène et à l’écran arrivent lorsque sa consommation prend fin. Je ne voudrais pas faire appel à M. Garrisson pour m’appuyer mais quand même les enfants, la drogue c’est mal, m’voyez. Ça nous a aussi enlevé Heath Ledger en 2008, encore plus jeune et prometteur. Enfin pas la peine de lister, c’est une sacrée merde. Imaginez un peu ce que serait le monde d’aujourd’hui si tous les artistes partis trop tôt à cause de la came étaient encore vivants. On aurait Jimi Hendrix au line-up de Coachella, Franz Ferdinand ferait les premières parties des Ramones, Elvis ferait une tournée des clubs de blues les cheveux blancs mais la voix toujours merveilleuse, les Beach Boys auraient continué à sortir de nombreux disques novateurs, Bob Dylan ne serait pas en train de massacrer l’intégralité de son œuvre dans une tournée sans fin pitoyable… Et Philip Seymour Hofmann aurait continué à nous offrir des rôles d’exception pendant une trentaine d’années. Tout ce qu’on peut dire maintenant, c’est que tu vas manquer au cinéma américain Philip, alors merci pour les bons moments de grand écran que tu nous as fait vivre.

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