Inside Llewyn Davis ou comment rentrer dans l’univers de la folk music.

Enfin le nouveau Coen tant attendu est dans les salles depuis le 6 novembre, après un passage plus que remarqué au festival de Cannes. En effet, le grand Prix du Jury a été décerné aux deux (O’) Brothers pour leur 16ème film.

Pendant deux heures, on suit le quotidien d’un musicien qui subit échec sur échec au cœur d’un New york puis d’un Chicago des années 60. Dès le premier plan du film, le ton est donné : « Hang me » (Pendez-moi) dit le personnage principal avec un visage dénaturé. L’histoire est simple : celle d’un artiste folk très doué mais incapable de faire ce qu’il faut pour progresser, l’inverse d’un carriériste. Le film d’ailleurs fait une boucle : le début et la fin sont identiques, finissant sur une bagarre qui sera l’ouverture sur une nouvelle ère du folk avec Bob Dylan. Llewyn Davis est à la base un personnage social et extraverti mais le film parle de la semaine la plus dure de sa vie, et, à travers cette noirceur, vient sa musique.

Comme pour leur film Barton Fink (1991), qui faisait référence au dramaturge Clifford Odets, Inside LLewyn Davis s’inspire du musicien Dave Van Ronk. Même si LLewyn Davis est un personnage purement fictif, quelques éléments de Dave Van Ronk se retrouvent dans le film. A commencer par les chansons, sélectionnées par le compositeur T Bone Burnett (un habitué des Coen: O brother, The Big Lebowski), que l’on voit interpréter dans le film. Deuxième élément très important : le road trip. Dans la biographie de Dave Van Ronk, il est mentionné un voyage à Chicago, mais contrairement à Llewyn Davis, il n’était pas seul mais accompagné.

 A travers Inside Llewyn Davis, les Coen réussissent à nous faire plonger dans une autre époque. Les décors sont minutieux : bars, routes, habits (parfois évidemment retouchés en post-production) et les sonorités de la guitare nous rappelle le son des anciens vinyles avec ces voix graves teintées de nostalgie.

On ne peut pas parler de ce film en passant à côté de la performance de l’acteur Oscar Isaac. Par de nombreux gros plans, ou à l’inverse, des longs travellings comprenant du décor avec le personnage, Llewyn Davis nous semble noyé par sa propre vie, perdu. Visage impassible en permanence, on a du mal parfois à s’identifier à ce personnage impassible, qui malgré ces péripéties, reste égal à lui-même sans lâcher sa passion. On le voit d’ailleurs en permanence en train de voyager : voiture, métro ou en train de monter des escaliers, et sa vie, elle, reste identique. Oscar Isaac maîtrise son personnage à sa perfection. Il arrive à lui donner une densité et en même temps quelque chose de mystérieux, impossible à comprendre, qui fait que l’étiquette de looser ne peut pas lui être attribuée. Les moments de musique, comme on le sait toujours dangereux interprétés par des acteurs car rarement réalistes, et sur des bandes pré-enregistrées, sont très bien faits, et l’on voit qu’il y a tout un travail de musicien et de profondeur. Les chansons ont toutes été enregistrées en LIVE, performance extraordinaire, supervisée par T Bone Burnett. Magnifique façon de lier deux arts: musique et cinéma, essentiels l’un pour l’autre. Le seul ayant essayé auparavant était Baz Luhrmann pour la célèbre comédie musicale Moulin Rouge. On découvre pas simplement l’acteur mais aussi le musicien. Double performance.

Pour l’anecdocte, les Coen à la base cherchaient d’abord un musicien qui n’avaient jamais été  acteur mais après plusieurs essais, ils ont abandonné l’idée. Ils ont ensuite cherché un acteur sachant joué de la guitare. Ils s’apprêtaient à laisser tomber le projet avant de tomber sur Oscar Isaac, musicien depuis ses 13 ans.

Il faut prendre ce film comme un voyage iniatique, une initiation à la musique folk.  Ne vous attendez pas à de l’action pure et dure, vous serez déçus. Attendez-vous à partager la vie de personnages marginaux des années 60 avec chacun leur univers et leur personnalité – du bad boy qui conduit une voiture au couple déjanté- dans le monde décalé des Coen. Après A Serious Man et True Git, les Coen signent une œuvre pleine de cruauté douce amère qui séduit. Ils abordent une thématique rude qui est de parler de ces artistes, souvent méconnus du grand public, mais avec un talent énorme, qui ont bercés dans l’ombre une époque pendant que d’autres étaient en pleine lumière. Le message reste intéressant : quoiqu’il arrive, l’artiste n’arrive pas à lâcher sa passion, comme une malédiction qui s’accroche contre vent et marée.

Petit bonus : l’adorable chat roux (enfin un roux en tête d’affiche !) qui nous suit pendant tout le film et avec un regard tellement mignon qu’on ne peut s’empêcher de lâcher un petit « moh » quand il paraît à l’écran. En concurrence, peut être, avec Oscar Isaac pour l’oscar (ahah le destin ?) du meilleur acteur .. nous avons bien dit peut-être …

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