L’écume des jours pluvieux

C’est avec une certaine excitation que par un mercredi pluvieux, je me rendis à l’UGC voir le dernier Gondry, Boris Vian adapté par Michel Gondry cela me laissait rêveur.

Comme beaucoup de gens de mon âge, Eternal Sunshine of the spotless mind fut un de mes films de chevet, bouleversant tant au niveau formel que par sa mélancolie poétique. Pour ceux qui ne l’aurait pas vu il conte l’histoire de Joel Barish, (Jim Carrey) qui décide de faire effacer de sa mémoire son amour pour la douce-amère Clémentine, incarnée par la remarquable Kate Winslet. Ce film à la temporalité non-linéaire nous amène par petites touches dans les souvenirs de Joël, il lui apparait bientôt invraisemblable de vouloir effacer de sa mémoire celle qui eut une si grande importance dans son existence. Malheureusement le processus une fois enclenché est irrévocable. Ce scénario alambiqué remporta un oscar, il est l’œuvre d’un certain Charlie Kaufman que certain connaissent pour avoir aussi scénarisé le doux-dingue  Dans la peau de John Malkovich, il a également réalisé en 2008 le sibyllin Synecdoche, New York. Ayant ce scénario plus qu’atypique Gondry n’avait plus qu’à y distiller sa verve visuelle, le résultat est saisissant, voilà un bel exemple de collaboration réussie entre un réalisateur et un scénariste.

Mais revenons nous assoir dans l’UGC les pubs sont presque finies, je parcours la fiche technique du film et je vois que cette fois nous n’aurons pas droit à Charlie Kaufman mais à un obscur scénariste, un certain Luc Bossi, scénariste de La Proie, la chance de ma vie et Brigade Navarro, films dont je n’ai jamais entendus parler et qui ne m’inspire guère. En ce qui concerne la distribution, je suis ravi que Romain Duris et Audrey Tautou partagent de nouveau le haut de l’affiche. Les seconds rôles cependant m’enchantent moins, je vois Omar Sy personnalité préférée des français que j’avais déjà croisé sur une affiche en montant les escaliers fiché de son sempiternel sourire Banania, lauréat du césar du meilleur acteur pour son rôle de black friendly auxiliaire de vie fumeur de ganja dans Intouchable, Gad Elmaleh deuxième personnalité préférée des français, humoriste jet set du téléthon, acteur et accessoirement réalisateur de Coco, petit film par son contenu mais grand par son battage médiatique. Je vois aussi la présence de Charlotte Le Bon, ex miss météo reconvertie actrice, son joli minois et sa voix nasillarde font d’elle l’archétype même de la pimbêche.

Peu à peu je me dis que ce film ne sera peut-être pas ce à quoi je m’attends, après une demi-heure d’attente publicitaire, il commence enfin, dès les premières minutes,  mon pressentiment se confirme, tout ceci est brouillon, inégal, voire carrément bancal, où est passée la poésie d’Eternal Sunshine, son tragi-comique ? Je savais Gondry grand plasticien, publicitaire, clippeur et, un adepte du stop-motion, du bricolage en tout genre, il est l’auteur entre autre du clip Around the Word des Daft Punk, de la série de pubs Air France et bien d’autre chose. Seulement si sa fibre plastique ne posait aucun problème dans Eternal sunshine dont l’univers fantasmé des souvenirs de Joel s’y prêtait bien ou encore dans La science des rêves où Gael García Bernal et Charlotte Gainsbourg passaient du rêve à leur petits appartements. Tout cela marchait pour une raison simple, il y avait une séparation entre le réel et le fantasmé or dans l’Ecume des jours, Il met un point d’honneur à tout mêler, le monde réel, le monde de Vian et le sien. En fait il traduit littéralement toutes les trouvailles linguistiques de Vian et si cela fonctionne à certains moments (la séquence de la patinoire, la scène du meeting de Jan-Sol Partre) d’autres comme la scène de danse frisent le ridicule.  Ceci va de pair avec le fait que le film est tourné à Paris aujourd’hui  or Gondry veut lui donner une ambiance fin 50’s début 60’s un peu comme dans Populaire. Tout cela a un côté faux, on se retrouve avec un tank en carton qui circule dans les rues de Paris dans tout ce qu’il comporte de moderne, je dois dire que les panneaux de circulations actuel ou encore le nuage en plastique tiré par une grue au milieu d’un chantier m’ont mis mal à l’aise de la même manière que si j’avais vu un avion passer dans le ciel dans une scène de Troie.  Gondry aux vus de sa notoriété aurait pu prendre le parti qu’avait choisi en son temps Jacques Tati pour Playtime et construire une réplique de ville.

Les acteurs quant à eux ne correspondent pas à l’esprit que je me faisais du livre. Exception faite pour Audrey Tautou et Romain Duris qui, en tant qu’acteur de cinéma, sont justes, habités par leur personnage du moins quand ils sont ensemble car le reste du temps ils doivent donner la réplique aux acteurs accidentels que sont Omar, Gad et Charlotte, comme il y a le placement de produit nous assistons aujourd’hui au placement de personnalités, je commencerai ,compte tenu de l’importance de son rôle, par Omar qui, je le clame haut et fort, n’est pas un acteur ! Tel un vampire il a vidé Nicolas, le personnage qu’il incarne, de toute sa substance et ne lui a laissé que ce masque lisse souriant ayant une diction proche d’une séance d’orthophoniste, L’inénarrable Gad Elmaleh sur joue jusqu’à la nausée son rôle de fanatique de Jean Sol Partre qui lui est joué par l’irascible Philippe Torreton. Même Gondry se juge capable de jouer le rôle du toubib et il est loin d’être le pire. Ma séance se termine au bout de deux heures et quelques. Je dois avouer que vers la fin, le film glisse peu à peu dans la gravité d’un somptueux noir et blanc, lui conférant une beauté qui contraste avec la joie hystérique du début. Je sors du cinéma perplexe, mes amis le sont aussi, il pleut encore dehors, je vois de l’écume se formait dans la rigole des trottoirs, ce film que j’avais tant attendu me laisse indécis, l’ai-je aimé ou détesté ? Ai-je retrouvé ce que j’avais tant aimé dans le livre ? La mise en scène a-t-elle apporté à l’œuvre ou l’a-t-elle desservie? Je dirai qu’à force d’en faire trop il l’a desservie.

 

Quelques jours plus tard, de nouveau assis dans un cinéma, cette fois-ci d’art et d’essai, c’est moins cher et y a pas de pub. Je comprends après quelques minutes seulement que Baz Lurhmann et son Gatsby est tombé dans le même piège que Gondry, je connaissais bien entendu son affection pour le baroque, je m’étais bien amusé devant l’exubérance de Roméo+Juliette. Seulement là où l’exubérance de sa mise en scène contrastait admirablement avec le langage châtié des personnages de Shakespeare, je ne vois là qu’une surenchère kistch de mauvaise 3D, d’immenses fêtes chorégraphiées ayant comme bande originale JayZ, Lana del Rey ou encore Beyonce dans des compositions plus que limites. L’essence de l’œuvre a ainsi était réduite à du tape à l’œil, du cheap et de la vulgarité. La finesse des personnages y est réduite à des gimmicks très vite redondants « hey old bro ». Luhrmann exagère les traits pour les rendre visibles dans ce déchainement d’artifices, cela rend les personnages archétypaux, caricaturaux. Un critique a dit très justement «  c’est un  peu comme si chez nous Luc Besson adaptait Proust » il aurait aussi bien pu dire « c’est un peu comme si chez nous Gondry adaptait Vian ».

Voilà donc deux films que j’attendais avec une certaine impatience et qui m’apparurent décevants, ils montrent qu’adapter des chefs-d’œuvre littéraires n’est pas chose aisée en effet la limite entre la réappropriation et la trahison reste extrêmement fine. Selon moi quiconque a un jour était transcendé par un roman ne peut qu’être déçu par son adaptation cinématographique, l’adaptation sera d’après moi toujours en deçà de l’œuvre originale. Si ma critique peut s’avérer sévère, ces deux films quoique très inégaux ne sont pas pour autant des mauvais films, je dirais que leurs réalisateurs ont pêché par orgueil. Ils restent cependant agréables à regarder et comme l’a souligné Slimack les costumes de Gatsby sont extrêmement soignés comme le sont certains effets de l’Ecume des jours qui s’avèrent être de véritables petit bijoux d’inventivité, la BO quand à elle très jazzy est du meilleur gout. Pour conclure je vous conseillerai de télécharger ses films plutôt que de tomber dans le piège du coffret collector 4 DVD et ses 25 heures de making of, à bon entendeurs.

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