L’ange démoniaque.

Mike Levy a tout pour plaire. Regard perçant, aussi sombre que la musique qu’il produit, et costume noir sinon rien. Mais lorsqu’il s’attelle à ses productions musicales, Gesaffelstein devient opressant, invivable voire suffoquant. Ca fait déjà quelques temps que Gesa monte en puissance dans le milieu, mais en ce moment il explose réellement au grand jour avec notamment la sortie de son clip sur Pursuit (j’y reviendrai en fin d’article) et l’annonce de la sortie de son premier album en fin d’année.

La première chose qu’on remarque quand on écoute Gesaffelstein, c’est que nous sommes immédiatement entraîné par cette mélodie. Mélodie oui. Incroyable lorsqu’on parle de techno, je vous l’accorde mais cet homme là ne distribue pas de la techno immonde qu’on consomme sans limite dans des clubs douteux. Même si sa réputation n’est -presque- plus à faire, on peut dire qu’il rompt tout contact avec ses contemporains, et refuse d’appartenir à cette nouvelle french touch, Gesa est un solitaire perdu au beau milieu de la marée humaine. Il abandonna ses études dès qu’il eut 16 ans pour principalement parfaire son éducation musicale et il devînt immédiatement très attaché au synthé. A partir de ce moment là, le petit protégé de The Hacker, référence dans le genre, grimpe les échelons et balancera un premier maxi sur Goodlife records avant de créer le label Zone music.

Il commença réellement à prendre du galon fin 2008, année bouclée par trois EP qui rempliront les colonnes des magazines et autres blogs spécialisés. Gesa veut véritablement faire frémir le monde entier et affiche clairement son ambition. Ni trop dark, suffisamment appréciable et bien trop fort pour partager des remix à peine excitantes, Gesa nous envoûte, hypnotise son public qui en redemande encore et encore. En concert, Gesa impressionne toujours autant. Il ne dit pas un mot, impterturbable. Il s’installe et fait son job comme un grand. Le public raffole de son indifférence et de cette puissance naturelle. Ce côté radical, soit blanc, soit noir, en parfaite concordance avec son matériel est en effet remarquable et lui vaudra une marque de fabrique bien à lui.

Si Gesa était quelque chose, ce serait un endroit, quelque chose d’indéfini, une caverne que l’on entrouvre au fur et à mesure et qui dévoile des choses inimaginables, des choses qui nous effraient. Cet homme combine des sons pour le plupart très métalliques sur un rythme effréné et on se sent menacé dès lors qu’on entre en communion avec le DJ. Et il est bien évidemment à l’origine, quoiqu’on en dise, d’un nouveau genre. Il se détache de ses prédécesseurs, premièrement de par l’image qu’il renvoie, une classe naturelle digne d’un acteur de cinéma assez rare dans le milieu de la techno moderne, et deuxièmement par le son violent et puissant qu’il produit. Et par ailleurs, on doit admettre que Gesa sait faire varier les plaisirs, et là réside toute sa force. Sur The Lack of hope, on reste sur un son basé sur de grosses basses avec toujours ce même rythme, mais on obtient quelque chose de pas trop surchargé, teinté de subtiles touches très plaisantes, preuve que Gesa maîtrise parfaitement son sujet.

 

Gesa s’immisce dans votre quotidien petit à petit, et vous êtes obligés quoique vous aimiez d’écouter le nouveau prince de la techno française. La pub de la DS4, celle de Givenchy, même son ami de toujours, Louis Brodinski (boss du label Bromance records auquel appartient Gesaffelstein) est même en train de vous faire acheter la nouvelle Citroen avec Let the beat control your body. Kanye West, lui aussi, est produit par Gesaffelstein sur son nouvel opus, Yeezus. Alors, que faire ? Si ce n’est succomber à la tentation, et mordre à pleine dent ce son venu d’ailleurs ? Gesa fait très attention à ce qu’il fait, ce qu’il dit, il soigne parfaitement son image. Il nous livre ses travaux que très rarement, suscitant un maximum de plaisir, mais ce qu’il offre est toujours parfait et innovant. Quant aux artistes opposés à son style, il préfère les remixer et pervertir le côté glamour de Lana del Rey la rendant presque aussi inquiétante et déconcertante que lui, un pacifiste vous dis-je. Gesaffelstein nous élève, indéniablement.

 

Parlons dorénavant du clip réalisé par Gesaffelstein. Ce chef d’oeuvre à portée de clic est le résultat de l’alliance entre Bromance et EMI, à croire que la techno se démocratise. En faisant de ce clip un événement, Gesaffelstein a su parfaitement utiliser sa récente notoriété pour éblouir chacun d’entre nous. Pour ce qui est de la mise en image, le beau brun ténébreux a donc confié ça à l’équipe de réalisateurs « Fleur & Manu », très cotée depuis leur travail sur la trilogie de M83.

Du grand art ce clip. On voit un film en 3 minutes 30, avec une bande originale démentielle, fidèle au style Gesa: une musique pure et dure, froide et angoissante.

Il est clair qu’esthétiquement, ce clip est tout simplement brillant. Mais il laisse tout de même transparaître de nombreuses questions. Par certains côtés, on pourrait croire que Gesa souhaite dénoncer les systèmes dictatoriaux. Lorsque cet enfant angélique pénètre dans cette boîte noire, son regard s’assombrit, il est adoubé et appartient officiellement au régime auquel il vouera un culte un peu plus tard, le poing serré, la main sur le coeur. Mariage honoré d’une cérémonie tout aussi froide, aucun lien n’est visible. Le décalage progressif en arrière (à partir de 1:00) nous laisse imaginer la suite du clip, excitant. Jusqu’à l’oeuvre finale à 1:42, les ingénieurs observent leur oeuvre effrayante tout de blanc vêtu, l’air impassible. Puis arrive le moment où la musique est à son paroxysme, on voit des gens habillés, de styles différents se déhancher sur la musique de notre DJ préféré. Les scientifiques appartenant au régime observent et étudient cette population étrange puis laissent place aux armes, l’un d’entre eux meurt. Et là, sur un son grinçant, Gesa apparaît face à un miroir, comme s’il était responsable de cette attaque, d’avoir été l’homme responsable de ces comportements déviants. La dénonciation est ensuite représentée à 2:54 avec une population qui s’uniformise, tout le monde obéit aux mêmes règles, aux mêmes normes. Finalement, on tombe sur un despote obsolète, agonisant seul dans le hangar devenu noir, symbole de la faillite du régime et de la réussite de Gesaffelstein, ayant vaincu ce régime conservateur par sa musique.

Alors évidemment, ce n’est qu’une interprétation parmi tant d’autres, l’évolution du petit blond est aussi à prendre en compte. Et Gesaffelstein s’identifierait à ce jeune homme. Le moment clé du clip reste celui où Gesa apparaît, c’est à ce moment là où l’on sait s’il est au centre ou totalement extérieur à la synopsis du clip. Toujours est-il que ce clip est absolument remarquable. Du vice, de l’or, de la noirceur, de la classe, de la violence, tout est là pour nous présenter les prémisses d’un album d’ores et déjà réussi.

Laisser un commentaire